jeudi 22 novembre 2007

«Crève salope !»

Madame Laurence Parisot, présidente du Medef, a déclaré hier tout de go :
Le pouvoir d'achat est une résultante d'une croissance au niveau minimum. Donc, la vraie question n'est pas comment je contribue à ce qu'il y ait plus de pouvoir d'achat, mais comment je contribue à ce qu'il y ait plus de croissance

Tout individu capable d'un minimum de raisonnement remarque que c'est stupide : la Chine possède une croisance énorme donc selon cette logique, les chinois devraient avoir un putain de pouvoir d'achat, avec chacun son écran plasma dans sa villa avec piscine et son Porsche Cayenne garé devant. Or, selon nos informations, ce n'est pas le cas. Ce contre exemple prouve l'ineptie du «raisonnement» ci-dessus.

Beaucoup de richesse est produite en France. Avec cette déclaration, Mme Parisot escamotte habilement la question de sa répartition. À répartition constante, plus on produit de richesses, plus chacun en a, certes. Mais on peut aussi, à production constante, changer la répartition de sorte que plus personne ne crève de faim, que plus personne ne lutte pour boucler les fins de mois ; il y a assez de pognon dans notre pays pour ça. Nous avions déjà rappelé ce point élémentaire dans cet excellent billet. Il serait bon que tout le monde y pense.

Maintenant, si Laurence veut vraiment «contribuer à ce qu'il y ait plus de croissance», on ne saurait trop lui suggérer d'aller faire les trois 8 à l'usine pour un salaire de misère sans sécu sans retraite, et de produire ainsi concrètement des richesses supplémentaires sans rien coûter à la société. Et en fermant sa gueule.


Mais elle a d'autres idées :
Pour moi, il y a deux axes principaux à travailler : comment on fait pour baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises, c'est prioritaire,
Les lecteurs qui auront suivi nos conseils avisés et relu cet excellent billet reconnaitront là un discours proche de celui de M. Le Pen, l'économiste bien connu. Et ils sauront que les prélèvements obligatoires ne sont que du salaire différé (en assurance maladie, retraite, etc...). Et que «diminuer les prélèvements obligatoires», c'est donc réduire les salaires. Autrement dit, la Parisot (tête de veau) nous explique doctement que pour augmenter le pouvoir d'achat, il faut diminuer les salaires !


Et ce n'est pas fini, car voici son deuxième point :
et deuxième chose, n'est-il pas temps d'aller plus loin sur la question de la durée du travail.
Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail
Carrément.

La suppression.
de la durée légale.
du travail.

Nous posions la question le 10 octobre de savoir si notre patronat ne souhaitait pas revenir en 1850, au temps de Germinal. La réponse est donc officiellement oui.

Nous avions conclu qu'ils «oublient un peu vite que c'était aussi l'époque de Ravachol et de la Commune...» Comment ne pas prendre cette naïve interrogation «Je me demande s'il ne faut pas gna gna gna» pour une déclaration de guerre contre tous les droits sociaux et tous les travailleurs ? Les congés payés devraient suivre rapidement, ainsi que le SMIC ; et quant au repos hebdomadaire du dimanche, c'est déjà bien engagé. Certains de ces droits élémentaires ont été acquis dans le sang. Ils sont le legs de nos ancêtres qui ont combattu pour que nous ayons une vie meilleure. Il serait criminel de se les laisser reprendre.

Pour ces bougeois réactionnaires, pour ces patrons esclavagistes, pour ces riches arrogants, je me demande si quatre murs, ce n'est pas trois de trop (©Félix).

19 commentaires:

rev a dit…

Juste pour dire que l'annonce de Parisot sur la suppression de la durée légale du travail a été faite mercredi 21, ça fait maintenant deux jours, et qu'elle a suscité fort peu de réactions, que ce soit dans les médias ou dans les blogs...

Ca fait froid dans le dos quand même.

coco_des_bois a dit…

Oui, ça fait effectivement froid dans le dos... Parisot est l'incarnation de l'ordure, la plaie humaine ... je crois que le fait que ce soit une femme est à mes yeux encore pire, car j'ai grandi en écoutant Renaud, et j'ai toujours gardé cette petite image utopique personnelle qui voulait que les femmes avaient en tout un petit supplément d'âme. Dans le cas d'une telle harpie, comme pour la PDG d'Areva ou Condoleeza, elles semblent montrer exactement l'inverse, un petit supplément de pourriture.

Si au soir d'une révolution, le peuple tombe sur une merde pareille, croyez vous qu'il soit raisonnable de se demander bien longtemps ce qu'on doit faire d'elle ?

crois pas

Je l'ai répété ces jours ci, je note un matraquage certain en ce moment au sujet du "pouvoir d'achat", c'est flagrant.

C'est une chimère qui, au même titre que la dette, la faillite du pays, ou les usagers, permet de justifier toutes les conneries possibles, et les médias reprennent en coeur : "nous détestons le peuple, gloire à notre nabot de chef"...

vlg a dit…

Ouaip, ça fait froid dans le dos.
Parisot a probablement dit ça pour, entre autres, voir si ça passe, pour tester l'«opinion». Elle doit se réjouir que ça ne fasse pas un tolé. On vous rassure, le politburo était hors de lui en lisant qu'elle se demande s'il ne faut pas supprimer la durée légale du travail. Comme tu dis Coco, en des circonstances troublées et tendues où le peuple exaspéré se soulèverait, on ne donne pas cher de sa peau fripée.

Et la matraquage médiatique continue, avec "pouvoir d'achat" qui n'est associé qu'à "croissance" et "travailler plus"... On va bientôt tous avoir intégré l'idée qu'il faut travailler, travailler, travailler toujours plus, sans limite légale !

rev a dit…

Ca y est, ça commence enfin à gueuler fort dans les chaumières et sur les blogs, en réaction à cette annonce de la Parisot...

Le buzz médiatique de Sarkozy sur le pouvoir d'achat, s'il marche, cette fois ci encore, permettra de passer Noël et d'acheter quelques merdouilles en plastique et chinoises inutiles de plus.

Mais après, ça recommencera de plus belle.

Pas sur qu'ils aient à nouveau assez de miettes à distribuer en Janvier-Février...

emcee a dit…

Eh bien, il faudrait boycotter tout ce qui est marchand. Ou avec un minimum de frais (colliers en coquillages, écharpes en rafia, des trucs kitsch avec la mention: je boycotte la société marchande ou un truc comme ça).
La nouille qui a remplacé le prez de tous les Français a encore décidé de réprimer les téléchargements pour servir les multinationales de la daube et les artistes ringards qui en font.
Boycottons les (ça va pas être dur) et boycottons les groupes qui en vendent.
Voir ici: http://www.rue89.com/2007/11/23/culture-telechargee-abonnements-confisques
Allez.
Qu'est-ce qui va nous tomber encore dessus, aujourd'hui?

narjuna a dit…

putain la connasse (je sais je suis pas constructive)(mais putain ils veulent vraiment nous broyer la vie ces enflures).

emcee a dit…

Tout ce qui est marchand et superflu, s'entend ...

narjuna a dit…

eh, juste une belle chanson de la compagnie jolie mome : y'a basta (ca remonte le moral :) )
http://www.cie-joliemome.org/cadres.html

Anonyme a dit…

Juste pour signaler une autre analyse :

http://lesmots.freelatitude.net/revue-de-blog/laurence-parisot-souhaite-supprimer-la-duree-legale-du-temps-de-travail-la-france-sort

raja a dit…

excellentissime billet...le soucis c'est que le peuple dort, comme une charmante princesse attendant un baiser empoisonné d'un prince qu'elle a choisis...et qui s'avére etre une monstruosité...parisot est une femme d'une grande betise et franchement le peuple elle s'en tamponne...il n'y aqu'une seule solution pour que l'abomination de ces propos ne se produise pas...le feu et la torche..oui oui radical mais ce systéme est pourri de la racine...ça sent si mauvais qu'il est impossible de respirer une seule seconde....alors bruler l'arbre lui permettra d'etre moins odorant...le peuple doit se reveiller ...il le faut sinon c'est la mort de tous les uns aprés les autres, les etudiant, les demandeurs d'emplois, les rmiste, les femmes...tous...je suis folle furieuse ...paix à mon ame

emcee a dit…

Le peuple ne dort pas (pas tout le monde, en tous cas). Il n'a pas de berger.
Tous ceux qui sont censés parler en leur nom vont à la soupe au fur et à mesure - et au consensus. Les cheminots ont repris, faute de soutien ses syndicats, qui voulaient juste établir un rapport de force, la grève des fonctionnaires, largement occultée, s'est soldée par une journée de marche sur le macadam.
Le péhesse fait l'autruche, espérant récupérer sans rien faire les retombées du mécontentement aux municipales.
Le saltimbanque a beau jeu de faire le beau à la télé en disant qu'il n'a pas cédé.
Et le médèfe triomphe.
Voilà. Triste début de siècle où règne la lâcheté la plus totale.

vlg a dit…

Merci raja pour ton commentaire, totalement approuvé par le politburo : nous aussi on trouve que ce billet est excellentissime ;-). Plus sérieusement, plus ça va, plus ce système se rélève insupportable et dangereux alors ta solution est peut-être la bonne.

Merci aussi, narjuna, pour tes commentaires simples et efficaces !

@emcee: Boycotter tout ce qui est marchand et superflu serait un bon moyen de signifier à Talonette-man que le pouvoir d'achat n'est pas notre ultime but dans la vie (*), et de rogner un peu les bénefs du medef, ce serait toujours ça de pris. En plus, ça mettrait la croissance en berne, ils seraient tout embêtés !

Le peuple dort-il bêtement comme une princesse ? Tu dis emcee qu'il n'a juste pas de berger, mais c'est déjà admettre que ce sont des moutons (voir ce qu'en dit ehim), et c'est peut-être pas faux... Exterminons les loutps !


(*) Faut-il rappeler que l'argent ne fait pas le bonheur, même s'il y contribue ? Inutile de perdre sa vie à la gagner... On veut des salaires décents pour vivre bien. Pas vivre mal pour obtenir des salaires décents.

vlg a dit…

Quant au coup des téléchargements réprimés, ça vaudrait un billet à part ; c'est encore mater le peuple pour laisser les riches se gaver !

raja a dit…

amen mes bien chers fréres...le troupeau s'éparpille, il n'a plus de berger...soit conduisons le vers l'abattoir...:-)...enfin seulement ceux ont suivit le mal le 6 mai

honorée que mon billet soit validé par le trés vénérable politburo :p

Rodimtsev a dit…

Je n'aurai qu'une considération (que j'ai en outre volée aux forts sympathiques Nucleo Terco)

"Horda Roja a machacar
La Burguesia al Gulag"

emcee a dit…

Quand j'ai dit "berger", je ne voulais pas dire parallèlement "moutons", mais maintenant que j'y pense, oui.
Il y a deux catégories (voire plus, mais c'est dimanche, je vais veiller à ne pas me faire exploser les neurones).
La catégorie de ceux qui disent: "de toute façon, on ne peut rien y faire, c'est comme ça". Les retraites, tout ça, la France ne peut plus payer. Il faut en passer par là.
Ca ce sont les moutons (voire des boeufs ou des veaux). On leur dit où aller et il y vont, même si c'est pour se précipiter du haut de la falaise.
Et il y a les chiens de berger qui veillent sur eux et qui leur indiquent le chemin à prendre.
Et hélas, les chiens aujourd'hui partent eux-mêmes dans toutes les directions selon leur bon vouloir, sans se préoccuper du troupeau.

Même sans être "mouton", le peuple a besoin d'être guidé.
Sans leader rassembleur (pas tout seul, mais il faut qqun qui nous redonne la gniaque) qui se fait le porte-parole de valeurs, de règles et d'objectifs, on ne peut rien faire.
Je vois que la gauche qui s'exprime individuellement sur les fils de discussion sur Internet dit tout et n'importe quoi sans être vraiment contredite (si ce n'est individuellement et souvent maladroitement, ramenant le débat à une litanie de "moi, je".
Il faut que les principes soient définis clairement. Il faut d'abord se rassembler sur des bases incontournables. Et on n'en est même pas encore là.

Quant à être tous des moutons sans réaction, pas d'accord.
J'étais hier à une journée rassemblant des gens de gauche (évidemment) sur la question de la Paix au Moyen Orient.
On était tous d'accord (lamentations, colère, indignation etc.): mais que faire? Doit-on aller frapper aux portes les unes après les autres et dire: "allez, venez, ce n'est plus soutenable, descendons tous dans la rue"?
Faire de la contre-info: mais auprès de qui? Les réunions de ce type ne rassemblent que des convaincus.
Et le mal est partout, même parmi les gens qui votaient traditionnellement à gauche. Et pas seulement péhesse.
En haut lieu, on s'arrange avec le pouvoir, on nous fait balader pour que les moutons montrent les dents, mais très temporairement de façon à ne pas bousculer leurs petits arangements et voilà.
Pour autant, ce n'est pas non plus la faute à pas de chance.
Les médias sont à leur botte, à nous de toucher la population différemment, mais cela veut dire aller à la rencontre des gens, dans les quartiers (je ne sais pas, investir les CNIL, par ex, qui sont devenus des repaires de fachos qui se font peur avec les invasions barbares) etc. Comme le faisait le PC à l'époque.
Mais cela demande de l'huile de coude. Cela demande d'adhérer à un projet commun qui aurait été défini nationalement. Cela demande de faire des concessions sur les points divergents.
Et cela demande de renverser tous les caciques locaux qui verrouillent tout pour préserver leurs prérogatives.
Moi, ce que je vois, c'est que la gauche, la vraie, n'est pas près de faire cette démarche et que certains jettent de l'huile sur le feu en accusant les autres de tous les maux, et en les enfermant dans des stéréotypes stupides.

Pour conclure: on est mal!

NB: Sur Rue 89, aujourd'hui, la réponse d'Olivennes sur les téléchargements. Pas eu le tps de lire, mais cela ne doit pas voler bien haut.

vlg a dit…

emcee a écrit :
"Sans leader rassembleur qui se fait le porte-parole de valeurs, de règles et d'objectifs, on ne peut rien faire."
"adhérer à un projet commun qui aurait été défini nationalement."

Chuuuut! CSP va débarquer en hurlant "OLIVIEEEEER ! NGPAAAAA !"


emcee a conlut :
"Pour conclure: on est mal!"

C'est sûr que l'état actuel de la gauche est assez déprimant. Et ça ne peut qu'encourager les vautours qui nous cernent à se montrer toujours plus agressifs. L'exemple de la candidature unitaire ratée à la présidentielle laisse encore un arrière goût amer. Il faut de l'huile de coude, de l'organisation, et de la coordination à l'échelle du pays, oui... C'est pas gagné ! Misère.

emcee a dit…

C'est vrai, il y a l'appel de Besancenot, le PC aussi cherche à rassembler autour de lui.
Dans ma ville, les caciques du PC ont récupéré le mouvement de la gauche alternative, évinçant ceux d'entre eux qui avaient travaillé avec nous sur un projet commun. Et ils ont fini entre eux, psalmodiant, c'est "Marie-Georges qu'il nous faut", après nous avoir laissé entendre que nous ne représentions rien et que nous avions profité de leurs largesses.
Exit le PC.
Pour la Ligue, peu nombreux dans le secteur faut dire, ils ont disparu du paysage assez rapidement. En même temps qu'OB.
Depuis, à part des candidatures aux législatives, pas de nouvelles.
C'est dire si la gauche est orpheline dans le coin et que ça n'incite pas à l'optimisme.

J'espère que l'horizon est moins bouché ailleurs.

Allez, j'arrête de monopoliser.

Bonne nuit.

Anonyme a dit…

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux