mardi 2 octobre 2007

La contestation inutile...

On connait tous ça. C'est par exemple la énième pétition dénonçant la faim dans le monde. C'est le voisin se trouvant subitement des envies altermondialistes. C'est le collègue réactionnaire qui te reproche soudainement ton non-engagement pour une cause particulière. Depuis quelques années, c'est aussi le mail de protestation qui circule de boite aux lettres en boites aux lettres.


Bref, vous l'aurez compris ce billet va parler des guignols de la contestation.

Prenons deux exemple au hasard. Disons ça et ça.

Le premier lien donne une nouvelle manière, radicale, de s'engager.

Finie la manifestation trop archaïque, finie la grève de la faim plus assez médiatique, voici le top plus ultra de la contestation : la marche en ligne. Non, non, ce n'est pas une faute : il s'agit bien pour les "manifestants" de lutter pour une cause en marchant virtuellement. Leurs petits avatars se baladeront sur le web en signe de protestation.

Protesta !

D'après la dépêche Reuter :

Le but est d'aider les femmes [NDP : il s'agit ici de la lutte contre le cancer du sein] actives, sans discrimination de condition physique, à apporter leur soutien d'une manière amusante et créative [..]

On vous dit pas l'intérêt et l'efficacité d'un telle méthode. Ça donne envie, hein ?
Pensez aux pauvres petits Birmans qui n'ont pas eu la chance d'avoir cette idée et qui, au lieu de défiler sur un site web, se retrouvent à devoir marcher dans une vraie rue, avec de vrais gens autour?

Terrifiant, hein ?


Passons au deuxième lien. Attention là ça devient du lourd, du coriace, il s'agit ni plus ni moins que de pétitionner pour dire (nous citons) :

  • Je suis solidaire avec celles et ceux qui luttent, partout dans le monde, pour résister à la misère et l’éliminer.

  • Je veux contribuer :
  • À faire respecter la dignité de tous.
    À faire respecter l’accès effectif aux droits de l’homme pour tous.
  • Je veux me joindre aux efforts qui permettent la participation des personnes en situation d’exclusion et de misère au 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère.


  • Je demande que les citoyens, les autorités locales, nationales et les Nations Unies :
considèrent les plus pauvres comme les premiers acteurs de la lutte contre la pauvreté.
associent les plus pauvres à la conception, la mise en place et l’évaluation de politiques qui les concernent.
portent l’ambition d’un monde sans pauvreté, un monde où les droits à la vie familiale, au travail décent, à la participation sociale, culturelle et politique sont respectés.
soutiennent les événements organisés chaque 17 octobre afin que la participation des personnes en situation de pauvreté reste au coeur de la Journée mondiale du refus de la misère.
participent aux dialogues qui doivent se mettre en place tout au long de l’année avec les personnes qui, en refusant la misère, créent des chemins vers la paix.

C'est à se moment que la misère tremble sur sa chaise, ayant découvert de tels ennemis implacables. Jugeons qu'avec de tels actes et engagements, c'est le monde entier qui va être bouleversé (et qui va changer de base). Et encore ils se sont retenus, ils auraient bien pu rajouter une ligne déclarant que «la guerre, c'est pas bien».

Un beau texte que tout le monde, même la dernière des ordures, peut signer sans même une arrière pensée.


Bon, on ne s'étendra pas sur longtemps. Ces deux liens sont assez caractéristiques de l'engagement charlot tel que conçut dans les cercles bien-pensants. Du genre «la guerre c'est pas bien». Ou «la faim on verra ta fin». Autour d'un coquetèle si possible.

Du bruit mais rien autour...

Mais, et c'est pire, en faisant l'économie de toute réflexion sur les causes ou les circonstances relatives à ce qui est dénoncé, ce genre de méthode ne peut que réduire l'engagement ou la contestation à une sorte de hobby inoffensif. Un amusement à pratiquer entre le boulot et le journal de 20 heures, pour se donner bonne conscience.

Un peu la même fonction que TF1 finalement...

3 commentaires:

Jenny Suarez-Ames a dit…

Maintenant on proteste "d'une manière amusante et créative". Pourquoi pas un concours de jolis dessins ou de macramé ou de plus gros hamburger du monde?
Non mais je rêve.
Quant à la pétition, là ça confine au délire.
Comme les pétitions contre le sida. Vous voulez signer? Non? Alors vous êtes pour le sida? Ouais. Et pour la faim dans le monde, aussi. Et l'envoi au goulag des QI négatifs.
Au secours.

coco_des_bois a dit…

Tiens dans le genre, dans le RER je voyais une affichette absolument géniale :

Achetez un café et on verse 10cents à Action contre la faim... consommez consommez, on envoie les restes à ces cons de noirs... en espérant qu'ils restent chez eux bien sûr !

Merci pour les citations, ces pétitions font froid dans le dos quand même... un peu comme on peut lire dans la LQR, quand le language se renverse, il n'y a plus d'exploités, il y a des exclus...

vlg a dit…

Oui coco, j'ai vu le même genre de chose sur une bouteille d'eau : achetez une bouteille, on fournit 10 l à un africain.

Ce mélange d'appel à la consommation et de charity business est assez écoeurant.