jeudi 16 août 2007

Commissariat Général aux Questions Juives

Tous les jours, on croit avoir touché le fond en matière de xénophobie d'état. Et tous les jours, la police, le gouvernement, l'administration creusent plus profond et nous entraînent dans des abysses incommensurables.

Un article hallucinant de Libération d'aujourd'hui compile les amusantes aventures de français qui veulent faire renouveler leur carte d'identité. Rien de plus facile, dites-vous, il suffit d'aller à la mairie avec l'ancienne. Sauf : quand on est né à l'étranger ou de parents étrangers, auquel cas il faut fournir un certificat de nationalité, délivré par le tribunal d'instance...

Il est choquant que certains français soient considérés comme des français de seconde zone, des français louches, des français pas tout-à-fait français, et que leur carte d'identité nationale ne suffise pas à assurer leur nationalité, au prétexte qu'ils ne sont pas nés en France de parents français. Mais s'ils ne peuvent pas fournir ledit certificat, c'est pire : leur carte d'identité n'est pas renouvelée, et ils se retrouvent déchus de la nationalité française, priés de quitter instamment le territoire puisqu'ils sont dorénavant sans-papier ! On n'a pas assez de sans-papiers à traquer jusque dans les chiottes chez eux, il faut encore qu'on en fabrique... À noter qu'on demande un même certificat à ceux dont un parent est né en Alsace-Moselle avant 1919 (!).

Mais là où ça devient carrément dantesque, c'est quand le tribunal demande, en plus des pièces justificatives classiques, un certificat de religion aux personnes au nom «à consonance israélite» ! L'objectif semble être de vérifier si les aïeux se sont vus accorder la nationalité française grâce au décret de Crémieux, en 1870 (oui, il y a 137 ans). Pourquoi vérifier ça (en plus du reste) et faire ainsi des juifs des sous-sous-français ?!?!


À votre avis, qu'elle est la prochaine étape ?
a/ Écrire «JUIF» sur la carte d'identité renouvelée des personnes concernées pour simplifier les démarches la prochaine fois.
b/ Demander aux savoyards et niçois de prouver qu'ils sont français et pas Piémont-Sardes.
c/ Exiger la preuve d'un ancêtre gaulois pour les personnes dont un des grands-parents au moins est né à l'étranger, et dont le nom est «à consonance africaine».

8 commentaires:

M. Patouche a dit…

On peut pas faire confiance aux savoyards et aux niçois, je l'ai toujours dit.

Les problèmes administratifs d'une grand mère alsacienne née allemande en 1913 peuvent être assez hallucinant sinon. Je ne savais pas que leurs enfants (graines de boches)avaient les mêmes privilèges.

JSA a dit…

Anecdote personnelle: ma mère, qui, bien que ce ne soit pas très visible (mais c'est le propre de ces gens-là), est légèrement métèque sur les bords voire carrément juive (oups, du coup moi aussi), mais née en France s'est vue demander le certificat de naturalisation de son père (ça doit dater de, euh... 1929?) pour obtenir le renouvellement de sa carte d'identité il y a quelques années.
Sinon, l'Europe a eu une vertu, celle d'obliger la Grèce a mentionner la religion sur la carte d'identité. Authentique.
Comme quoi, effectivement, on n'est pas loin de ce que le camarade Staline-Cassandre nous prédit.
Re-au secours.

Dinoplaymobil a dit…

Il est arrivé une mésaventure à la belle-soeur de ma soeur il y a deux ans : née de parents français en Afrique avec le malheur d'avoir un grand-père polonais, elle s'est vu refuser de nouveaux papiers car elle n'avait pas la preuve qu'elle était française.

Même sa carte d'électeur française n'était pas suffisante !

Devant obtenir un passeport pour se rendre à l'étranger, elle a fini par trouver un improbable compromis pour prouver sa nationalité : elle est mariée à un français !

Gonzague a dit…

Ma mère s'est retrouvée dans cette situation particulière où elle a eu à faire la preuve de sa nationalité française (alors qu'elle était fonctionnaire née en France et que sa mère était elle-même née en France. Ce coup est lié à la mise en place de la carte d'identité bleue, si je ne m'abuse.
En l'occurrence, et exceptionnellement, le renvoi à l'arrêt crémieux fait au contraire des Juifs des français à part entière (une de ces petites aberrations comme tant d'autres qui salit le sang français depuis la Guerre des Gaules), puisqu'il permet aux Juifs d'Algérie d'être citoyens français, pas comme les métèques mahométans.

vlg a dit…

Merci pour tous ces témoignages que le politburo (constitué de bons français depuis au moins 2 générations) ignorait.
En effet ce durcissement des procédures est lié à la mise en place de la carte d'identité plastifiée, car la précédente en papier était trop facile à falsifier, et on voulait éviter que n'importe quel estranger puisse demander une carte d'identité française sur la foi d'un simple bout de papier (à ce que j'ai compris).

Mais pourquoi s'applique-ce encore au renouvellement d'une carte d'identité moderne ? Pourquoi les juifs ont un régime spécial ? Pourquoi être né en France OU de parents français ne suffit pas ?

Jenny Suarez-Ames a dit…

Oups, je vois une GROSSE erreur sur mon commentaire. Il fallait lire :
"Sinon, l'Europe a eu une vertu, celle d'obliger la Grèce a NE PLUS mentionner la religion sur la carte d'identité."
Si je pouvais avoir une dérogation pour ne pas aller au goulag, ce serait gentil.
Merci.

vlg a dit…

Bon pour cette fois ça ira.

Jenny Suarez-Ames a dit…

Merci pour ta mansuétude, petit père (noël, en l'occurrence).

Je suis en train de lire La Guerre civile en France, sinon, de qui-vous-savez.
C'est grand.
C'est indispensable.
Parce que c'est maintenant, en fait.